Désigner son conjoint bénéficiaire d'une assurance-vie le protège, sans droits à payer. Mais le capital rejoint alors son patrimoine et sera taxé à son propre décès. La clause démembrée — l'usufruit au conjoint, la nue-propriété aux enfants — protège tout autant le survivant, tout en faisant payer aux enfants un impôt réduit, une seule fois.
La plupart des contrats portent une clause du type « mon conjoint, à défaut mes enfants ». Au premier décès, le conjoint marié ou le partenaire de PACS reçoit le capital en totale exonération. C'est rassurant, mais c'est une facilité fiscale en trompe-l'œil : le capital s'ajoute au patrimoine du survivant et sera soumis aux droits de succession, au barème en ligne directe, lorsque les enfants hériteront de lui. Le contrat a simplement reporté l'impôt, et souvent dans des tranches plus élevées, puisque les autres biens du conjoint auront déjà consommé une partie des abattements de 100 000 € par enfant.
Démembrer la clause, c'est partager les droits sur le capital entre deux catégories de bénéficiaires. Le conjoint reçoit l'usufruit : le droit d'utiliser le capital et d'en percevoir les revenus. Les enfants reçoivent la nue-propriété : la propriété du capital, dont ils recouvreront la pleine jouissance au décès du conjoint.
Comme le capital est une somme d'argent, qu'on ne peut utiliser sans la dépenser, l'usufruit prend la forme d'un quasi-usufruit (article 587 du Code civil) : le conjoint dispose librement des fonds, à charge de restituer une somme équivalente à la fin de l'usufruit. Les enfants détiennent donc une créance de restitution sur la succession de leur parent survivant.
Exemple d'un conjoint de 73 ans au décès de l'assuré : l'usufruit vaut 30 % du capital, la nue-propriété 70 %. Les enfants paient l'impôt une seule fois, sur la nue-propriété, au lieu d'hériter plus tard du capital entier.
1. La valeur de l'usufruit dépend de l'âge du conjoint. Elle est fixée par le barème de l'article 669 du code général des impôts, apprécié au décès de l'assuré :
| Âge du conjoint | Usufruit | Nue-propriété |
|---|---|---|
| 61 à 70 ans | 40 % | 60 % |
| 71 à 80 ans | 30 % | 70 % |
| 81 à 90 ans | 20 % | 80 % |
| 91 ans et plus | 10 % | 90 % |
2. Au premier décès, les enfants sont taxés sur leur seule nue-propriété. Pour les primes versées avant 70 ans, chaque enfant supporte le prélèvement de l'article 990 I sur la valeur de sa nue-propriété. L'abattement de 152 500 € est partagé entre le conjoint et chaque enfant dans les proportions du barème : un enfant nu-propriétaire à 70 % dispose de 106 750 € d'abattement. La fraction attachée à l'usufruit du conjoint, exonéré, est perdue — elle ne se reporte pas sur les enfants (BOFiP, BOI-TCAS-AUT-60 § 310).
3. Au second décès, la créance de restitution se déduit. Le capital, ou ce qu'il en reste, figure dans le patrimoine du conjoint, mais la dette de restitution envers les enfants vient en déduction. Depuis 2024, l'article 774 bis du CGI interdit de déduire certaines dettes de restitution nées d'un quasi-usufruit ; l'administration fiscale précise que cette règle ne vise pas le quasi-usufruit issu d'une clause bénéficiaire démembrée (BOI-ENR-DMTG-10-40-20-20 § 275). Les enfants récupèrent donc le capital sans nouveaux droits.
Un contrat de 600 000 € alimenté avant 70 ans, un conjoint de 73 ans au décès de l'assuré, deux enfants, et un patrimoine propre du conjoint de 400 000 €, transmis à son propre décès :
| Clause standard | Clause démembrée | Enfants directement | |
|---|---|---|---|
| Le conjoint reçoit | 600 000 € | l'usage de 600 000 € | rien |
| Prélèvement 990 I au premier décès | 0 € | 41 300 € | 59 000 € |
| Droits au second décès | 156 389 € | 36 389 € | 36 389 € |
| Total des droits | 156 389 € | 77 689 € | 95 389 € |
| Transmis net aux enfants | 843 611 € | 922 311 € | 904 611 € |
Hypothèses du calcul : capital ni consommé ni revalorisé entre les deux décès, patrimoine propre du conjoint constant, dette de restitution non revalorisée, enfants communs seuls héritiers. La clause démembrée fait économiser 78 700 € aux enfants par rapport à la clause standard, tout en laissant au conjoint l'usage de la totalité du capital. Elle fait même mieux que la désignation directe des enfants, qui prive pourtant le conjoint de toute ressource : la nue-propriété n'est taxée que sur 70 % de la valeur. Avec la clause standard, les 600 000 € s'ajoutent aux 400 000 € du conjoint et sont taxés, à son décès, dans la tranche à 20 % du barème.
L'écart varie fortement avec l'âge du conjoint, le montant du contrat, le nombre d'enfants et le patrimoine propre du survivant : pour un patrimoine modeste, la clause standard peut suffire. Le simulateur refait le calcul avec vos chiffres.
Le simulateur compare, sur les deux décès, la clause standard, la clause démembrée et la désignation directe des enfants, selon l'âge du conjoint et son patrimoine propre.
Le partenaire de PACS peut, comme le conjoint marié, être désigné usufruitier : il est lui aussi exonéré. Le concubin, en revanche, serait taxé sur son usufruit — l'opération perd alors l'essentiel de son intérêt.
Le simulateur applique les barèmes en vigueur à votre situation. Le résultat se télécharge en une page.
Ces éléments sont d'ordre général et pédagogique, à jour des textes publiés au 28 septembre 2026. Ils ne constituent ni un conseil personnalisé, ni une consultation juridique ou fiscale, et ne remplacent pas l'étude d'une situation particulière. La rédaction d'une clause bénéficiaire doit être validée avec votre notaire ou votre avocat. Les activités réglementées de conseil en investissements financiers et de courtage en assurance seront exercées après finalisation de l'immatriculation ORIAS.
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