Épargne retraite 8 min de lecturePublié le 20 juillet 2025Mis à jour le 15 octobre 2026

PER : ce que l'avantage fiscal à l'entrée coûte à la sortie

Le plan d'épargne retraite se vend sur une promesse simple — déduire ses versements du revenu imposable. La promesse est exacte, mais elle décrit la moitié du mécanisme. L'autre moitié se joue à la sortie, et détermine si l'opération a réellement créé de la valeur.

Chiffrer votre cas

Cet article explique le mécanisme. Pour en mesurer l'effet sur votre situation, le simulateur applique les barèmes en vigueur à vos propres chiffres.

Un report d'imposition, pas une exonération

Un versement volontaire sur un PER se déduit du revenu imposable de l'année, dans la limite d'un plafond. L'économie immédiate n'est pas un pourcentage forfaitaire : elle vaut exactement la tranche marginale du foyer. À 30 %, 10 000 € versés en coûtent réellement 7 000. À 41 %, 5 900. Et pour un foyer non imposable, l'avantage est nul — un versement déductible sur un revenu qui ne supporte aucun impôt ne produit aucune économie.

À la sortie, la part du capital correspondant aux versements déduits est imposée au barème de l'impôt sur le revenu, les gains suivant leur propre régime. L'État n'a donc pas renoncé à l'impôt : il l'a décalé. Le pari est celui d'une tranche marginale plus basse à la retraite qu'en activité.

Le calcul qui décide réellement

L'arbitrage tient en une comparaison : tranche marginale aujourd'hui contre tranche marginale anticipée à la retraite. Un dirigeant imposé à 41 % qui anticipe une retraite à 30 % capte un différentiel de onze points, auquel s'ajoute le rendement du capital non fiscalisé pendant la phase d'épargne. Un salarié imposé à 11 % qui restera à 11 % ne gagne rien d'autre que le report — et se prive de la liquidité de son épargne jusqu'à la retraite.

Ce raisonnement suppose de connaître sa tranche marginale réelle, ce qui n'est pas aussi évident qu'il y paraît. Dès que le plafonnement du quotient familial s'applique, le taux marginal du foyer n'est plus celui que l'on lit en divisant le revenu par le nombre de parts : il suit la tranche du calcul de référence. Un couple avec deux enfants déclarant 80 000 € se croit à 11 % et se trouve en réalité à 30 %.

Le plafond de déduction, et ce qu'il autorise vraiment

Pour un salarié, le plafond annuel est de 10 % des revenus professionnels de l'année précédente, dans la limite de huit fois le plafond annuel de la sécurité sociale, avec un plancher égal à 10 % de ce plafond. Pour un travailleur non salarié, l'article 154 bis du code général des impôts ouvre une enveloppe sensiblement plus large : 10 % du bénéfice dans la limite de huit PASS, majorés de 15 % de la fraction comprise entre un et huit PASS.

Trois affinements sont souvent ignorés. Les plafonds non utilisés restent mobilisables, en commençant par le plus ancien une fois celui de l'année consommé. La loi de finances pour 2026 a porté leur durée de report de trois à cinq ans, mais seulement pour les plafonds constitués à partir de 2026 : ceux de 2023 à 2025 conservent trois ans, si bien que la fenêtre complète de cinq années ne sera ouverte qu'en 2031. Les conjoints mariés ou pacsés peuvent mutualiser leurs plafonds. Et un versement qui dépasse le plafond n'est pas perdu : il n'est simplement pas déductible, ce qui change le régime applicable à la sortie.

Une limite nouvelle s'y ajoute : depuis le 1er janvier 2026, les versements effectués après le soixante-dixième anniversaire du titulaire ne sont plus déductibles. Ils restent possibles, mais perdent l'avantage qui justifie l'essentiel du produit.

Deux angles morts

Le premier concerne les hauts revenus. La contribution différentielle sur les hauts revenus, prorogée par la loi de finances pour 2026, garantit une imposition minimale de 20 % au-delà de 250 000 € de revenu fiscal de référence pour une personne seule, 500 000 € pour un couple. Au-delà de ces seuils, une partie de l'économie affichée peut être reprise par ce mécanisme.

Le second concerne la liquidité. Les sommes versées sont bloquées jusqu'à la retraite, sauf dans des cas de déblocage anticipé limitativement énumérés, détaillés ci-dessous. Pour un entrepreneur dont la trésorerie personnelle est la variable d'ajustement de son activité, immobiliser plusieurs dizaines de milliers d'euros pour un gain fiscal de quelques milliers est rarement le bon arbitrage.

Sortir avant la retraite : les sept cas de déblocage anticipé

Le blocage jusqu'à la retraite n'est pas absolu. L'article L. 224-4 du code monétaire et financier prévoit sept situations dans lesquelles l'épargne peut être récupérée par anticipation. Six relèvent des « accidents de la vie », la septième d'un projet :

La distinction compte, parce que la fiscalité n'a rien à voir d'un cas à l'autre. En cas d'accident de la vie, le capital correspondant aux versements est exonéré d'impôt sur le revenu, même s'il a été déduit à l'entrée, et seuls les gains supportent les prélèvements sociaux. L'avantage fiscal est alors définitivement acquis. Pour l'achat de la résidence principale, en revanche, la sortie est traitée comme une sortie en capital à la retraite : les versements déduits sont imposés au barème, sans abattement de 10 %, et les gains au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %.

Motif de sortieVersements déduitsGains
Accident de la vie (six cas)Exonérés d'impôt sur le revenuPrélèvements sociaux seuls (18,6 %)
Achat de la résidence principaleBarème de l'impôt sur le revenu, sans abattementFlat tax de 31,4 %
Retraite, sortie en capitalBarème de l'impôt sur le revenu, sans abattementFlat tax de 31,4 %
Retraite, sortie en renteRente imposée comme une pension, après abattement de 10 %, pour la fraction issue des versements déduits

Le déblocage pour la résidence principale mérite donc un calcul avant d'être demandé. Pour un foyer dont la tranche marginale n'a pas baissé depuis les versements, il revient à rendre l'économie d'impôt obtenue à l'entrée, sans le bénéfice d'avoir attendu la retraite.

Transmettre : ce que devient le PER au décès du titulaire

C'est l'aspect le moins connu du produit, et parfois le plus puissant. Au décès du titulaire avant la liquidation de sa retraite, le plan est clôturé et les sommes sont versées aux bénéficiaires, en capital ou en rente. L'impôt sur le revenu différé à l'entrée n'est alors jamais payé : la déduction obtenue pendant la vie d'épargnant devient définitive. Tout le reste dépend de la forme du plan et de l'âge du titulaire au décès.

Décès avant 70 ansDécès après 70 ans
PER assurantielHors succession. Abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis 20 % jusqu'à 700 000 € et 31,25 % au-delàDroits de succession selon le lien de parenté, après un abattement global de 30 500 €, sur l'épargne et les gains
PER bancaire (compte-titres)Intégré à l'actif successoral et soumis aux droits de succession classiques
Conjoint ou partenaire de PacsExonéré dans tous les cas

Trois conséquences pratiques en découlent. D'abord, seul le PER assurantiel permet de désigner librement des bénéficiaires par une clause, comme en assurance-vie ; le PER bancaire suit les règles ordinaires de la succession. Ensuite, le passage de 70 ans produit un effet de seuil brutal : l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire disparaît au profit d'un abattement unique de 30 500 €, partagé entre tous les bénéficiaires et commun avec les contrats d'assurance-vie alimentés après 70 ans. Contrairement à l'assurance-vie, les gains ne sont pas exonérés dans ce cas. Enfin, depuis 2026, les versements après 70 ans ne sont plus déductibles : le PER cesse d'être un outil d'épargne à cet âge, et la question devient celle de son dénouement.

Pour un épargnant de moins de 70 ans dont la retraite est assurée par ailleurs, le PER assurantiel peut ainsi devenir un outil de transmission à part entière : déduction à l'entrée, capitalisation sans imposition, et transmission hors succession dans le cadre de l'article 990 I si le décès survient avant 70 ans. La stratégie n'a de sens qu'intégrée à une réflexion d'ensemble, en articulation avec l'assurance-vie et en gardant à l'esprit que l'avantage s'inverse passé 70 ans.

Passer du principe au chiffre

Le simulateur reprend les règles décrites ici et les applique à vos montants, avec les barèmes du millésime en cours. Le résultat est téléchargeable en une page.

Sources

Contenu pédagogique et général, à jour des textes en vigueur à la date de publication. Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement, ni une consultation fiscale. Les activités réglementées de conseil en investissements financiers seront exercées après finalisation de l'immatriculation ORIAS.

Une question ? Échangeons directement

Pas besoin d'attendre l'ouverture officielle pour me contacter — je réponds personnellement à chaque message.