Structuration 8 min de lecturePublié le 20 novembre 2025Mis à jour le 15 octobre 2026
EI micro, EI au réel, EURL, SASU : les régimes fiscaux et sociaux sur une page
Quatre formes reviennent dans presque toutes les créations d'activité en solo. Deux sont des entreprises individuelles — la micro-entreprise n'étant qu'une entreprise individuelle placée sous un régime simplifié —, deux sont des sociétés. Ce qui les distingue tient en trois questions : sur quoi paie-t-on des cotisations, comment le bénéfice est-il imposé, et quelle protection sociale en retire-t-on.
EI au régime micro
La micro-entreprise : une entreprise individuelle aux régimes micro-social et micro-fiscal
NatureEntreprise individuelle, sans personne morale ; patrimoine personnel séparé du patrimoine professionnel depuis 2022
ImpôtImpôt sur le revenu sur le chiffre d'affaires après abattement forfaitaire de 71 %, 50 % ou 34 % ; ou versement libératoire de 1 %, 1,7 % ou 2,2 % du chiffre d'affaires sous condition de revenu
CotisationsPourcentage du chiffre d'affaires : 12,3 % (vente), 21,2 % (services BIC), 25,6 % (libéral SSI), 23,2 % (Cipav), plus 0,1 à 0,3 % de formation professionnelle
ProtectionSécurité sociale des indépendants ; droits à retraite sur une base réduite
Idéale pour démarrer ou exercer à titre accessoire. Charges réelles non déductibles : le régime devient coûteux dès qu'elles dépassent l'abattement.
EI au réel
La même entreprise individuelle, imposée sur son bénéfice réel
NatureEntreprise individuelle ; régime réel par option ou au-delà des plafonds micro
ImpôtImpôt sur le revenu sur le bénéfice réel (BIC ou BNC), charges déduites ; un déficit professionnel s'impute sur les autres revenus du foyer. Option possible pour l'impôt sur les sociétés
CotisationsTravailleur non salarié : environ 45 % du revenu net, calculées sur le bénéfice ; cotisations minimales dues même sans bénéfice
ProtectionSécurité sociale des indépendants
Pertinente quand les charges sont lourdes ou qu'un déficit de démarrage est attendu. Tout le bénéfice est imposé chaque année au barème, sans possibilité de le capitaliser à taux réduit.
EURL
Société à associé unique ; à l'IR par défaut pour une personne physique, le plus souvent à l'IS sur option
ImpôtÀ l'IS : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà ; rémunération du gérant déductible et imposée comme un salaire ; dividendes à la flat tax de 31,4 %
CotisationsGérant travailleur non salarié : environ 45 % de la rémunération nette ; dividendes soumis aux cotisations au-delà de 10 % du capital, des primes et du compte courant
ProtectionSécurité sociale des indépendants
Option ISRéversible pendant cinq exercices, définitive ensuite
Le coût social le plus bas en société, mais des dividendes lourdement taxés quand le capital est modeste : la rémunération reste le levier principal.
SASU
Société par actions à associé unique ; à l'IS par défaut, à l'IR sur option temporaire
Impôt à l'ISIS à 15 % puis 25 % ; rémunération du président déductible et imposée comme un salaire ; dividendes à la flat tax de 31,4 %, sans cotisations
CotisationsPrésident assimilé salarié : environ 82 % de la rémunération nette ; aucune cotisation s'il n'est pas rémunéré
Option IRCinq exercices au plus, société de moins de cinq ans (moins de 50 salariés, 10 M€, capital détenu à 50 % par des personnes physiques et 34 % par les dirigeants). Bénéfice imposé chez l'associé en BIC ou BNC, distribué ou non ; rémunération du président non déductible, réintégrée au bénéfice
Prélèvements à l'IRSelon l'administration, la part du bénéfice qui ne supporte pas les cotisations d'activité relève des prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine (18,6 % en 2026) — en totalité si le président n'est pas rémunéré
ProtectionRégime général, hors assurance chômage
La meilleure protection, au coût social le plus élevé ; la souplesse des dividendes sans cotisations. L'option IR sert surtout à imputer des pertes de démarrage.
Où se prélèvent cotisations et impôt, forme par forme
Plus on descend, plus la base des cotisations se resserre sur la seule rémunération — et plus la protection sociale dépend de ce que le dirigeant choisit de se verser.
La synthèse
EI — micro
EI au réel
EURL à l'IS
SASU à l'IS
Base des cotisations
Chiffre d'affaires
Bénéfice
Rémunération (+ dividendes au-delà de 10 %)
Rémunération
Niveau indicatif
12,3 à 25,6 % du chiffre d'affaires
≈ 45 % du net
≈ 45 % du net
≈ 82 % du net
Charges réelles
Non déductibles
Déductibles
Déductibles
Déductibles
Bénéfice laissé dans l'entreprise
Imposé à l'IR
Imposé à l'IR
IS à 15 % jusqu'à 42 500 €
IS à 15 % jusqu'à 42 500 €
Sans rémunération
—
Cotisations minimales
Cotisations minimales
Aucune cotisation, aucune protection
Comptabilité
Livre des recettes
Complète
Complète, comptes annuels
Complète, comptes annuels
Associés, cession
Non
Cession du fonds
Parts sociales
Actions, grande souplesse
La SASU à l'IR, un régime à manier avec précaution
L'option pour l'impôt sur le revenu, prévue à l'article 239 bis AB du CGI, séduit par sa capacité à imputer les pertes des premières années sur les autres revenus du foyer. Deux points, précisés récemment, en limitent l'intérêt. D'abord, la rémunération du président n'est pas déductible : elle est réintégrée au bénéfice et imposée avec lui en BIC ou BNC, sans l'abattement de 10 % des salaires (article 211 du CGI, BOFiP BOI-RSA-GER-10-30, § 400). Ensuite, dans sa réponse à la question écrite n° 12673 publiée le 2 juin 2026, le ministère considère que les contributions sur les revenus d'activité ne sont assises que sur la rémunération du président : la part du bénéfice qui ne les supporte pas relève des prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine, et l'intégralité du bénéfice lorsque le président n'est pas rémunéré. Des redressements ont été notifiés sur ce fondement, et la position est contestée devant les tribunaux.
Et le chômage ?
Aucune de ces formes n'ouvre droit à l'assurance chômage des salariés. L'entrepreneur individuel, en micro comme au réel, et le gérant majoritaire d'EURL sont des travailleurs non salariés ; le président de SASU, bien qu'assimilé salarié, ne cotise pas à l'assurance chômage — sauf contrat de travail distinct assorti d'un réel lien de subordination, quasi impossible avec un associé unique.
L'allocation des travailleurs indépendants (ATI) — 800 € par mois pendant six mois au plus, après au moins deux ans d'activité non salariée, en cas de liquidation ou de redressement judiciaire ou de cessation définitive d'une activité non viable, avec au moins 10 000 € de revenus sur l'une des deux dernières années et des ressources inférieures au RSA.
Créer en étant indemnisé — le créateur peut conserver une partie de son allocation (le cumul avec les revenus de l'entreprise est plafonné à 60 % des droits restants depuis le 1er avril 2025) ou demander l'ARCE, versement en capital de 60 % des droits restants en deux fois, imposable. L'Acre, qui exonère partiellement les cotisations de la première année, a été réduite par le décret du 6 février 2026 : pour un micro-entrepreneur ayant démarré depuis le 1er juillet 2026, l'exonération passe de 50 % à 25 %, et les règles ont aussi été revues pour les autres créateurs depuis le 1er janvier 2026. Elle doit être demandée à l'Urssaf dans les 60 jours du début d'activité.
Une assurance privée — des contrats de perte d'emploi du dirigeant (type GSC) peuvent compléter ce filet, moyennant une cotisation.
Et la TVA ?
La TVA ne dépend pas de la forme juridique mais du chiffre d'affaires : micro-entreprise, EI au réel, EURL et SASU relèvent des mêmes règles. En franchise en base — jusqu'à 37 500 € de chiffre d'affaires pour les services et 85 000 € pour la vente —, l'entreprise ne facture pas de TVA mais ne récupère pas celle de ses achats. Au-delà du seuil majoré (41 250 € et 93 500 €), la TVA est due dès le jour du dépassement. Une micro-entreprise de services dépasse donc souvent la franchise bien avant le plafond du micro-fiscal. L'option pour la TVA se justifie avec une clientèle de professionnels ou de lourds investissements ; et la facturation électronique s'impose par étapes : depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques, et les PME et micro-entreprises devront les émettre à partir du 1er septembre 2027. Le détail figure dans notre article sur la TVA, et le simulateur franchise ou TVA chiffre le choix.
Ce qu'il faut retenir
La micro-entreprise est une EI — simple et proportionnelle, tant que les charges restent sous l'abattement et le chiffre d'affaires sous le plafond.
L'EI au réel déduit les charges et impute ses déficits, mais tout le bénéfice est imposé chaque année au barème.
L'EURL et la SASU à l'IS permettent de capitaliser à 15 % et d'arbitrer entre rémunération et dividendes ; l'une cotise moins, l'autre protège mieux.
La SASU à l'IR est une option temporaire, utile au démarrage, dont le traitement social est aujourd'hui contesté.
Chiffrer votre cas
Le simulateur applique ces règles à votre chiffre d'affaires et à vos charges, compare les cinq formules — y compris la SASU à l'IR — et montre à partir de quel niveau d'activité la bascule se produit. Le résultat se télécharge en une page.
Code général des impôts — article 239 bis AB : option des sociétés de capitaux pour l'impôt sur le revenu ; article 239 : option pour l'impôt sur les sociétés.
BOFiP — BOI-RSA-GER-10-30, § 400 : rémunérations non déductibles dans les sociétés ayant opté pour l'impôt sur le revenu.
Ces éléments sont d'ordre général et pédagogique, à jour des textes et de la doctrine publiés au 26 septembre 2026. Les taux de cotisations indiqués pour l'EI au réel, l'EURL et la SASU sont des ordres de grandeur. Ils ne constituent pas un conseil personnalisé et ne remplacent pas l'étude d'une situation particulière.
Rejoindre la liste d'information
Laissez votre email pour être informé(e) en priorité du lancement du cabinet — sans engagement.
Vos nom, email et téléphone sont utilisés par ATENOM CONSEIL uniquement pour vous informer du lancement du cabinet, puis supprimés au plus tard trois ans après votre inscription. Vous pouvez vous désinscrire et exercer vos droits à tout moment — politique de confidentialité.
Une question ? Échangeons directement
Pas besoin d'attendre l'ouverture officielle pour me contacter — je réponds personnellement à chaque message.